Souvent, on croit qu’au Québec, seul l’accent diverge d’avec notre français ! Et bien j’ai découvert en arrivant icitte que c’est pas pantoute le cas ! Si je me mettais à écrire un article en québéscois, vous capoteriez au bout de deux minutes... Car oui, je réalise que le québécois est bel et bien une langue à part entière !
L’accent, tout d’abord, que l’on trouve si drôle. C’est vrai que c’est surprenant, surtout au début. Encore maintenant, j’ai parfois du mal à accrocher dès le début de la phrase, surtout si la personne parle vite… il faut alors prendre le train en marche, c’est un peu déstabilisant, mais on s’y fait !
Les origines de l’accent québécois remontent à 1759, lorsque le clairvoyant Louis XV décida qu’il était préférable de faire une guerre pour la succession du trône de Pologne plutôt que d’avoir le contrôle de l’Amérique du nord. Moins de la moitié des français parlait le français, il y’avait à cette époque un bouquet de langues bien vivantes comme le provençal, le breton, le normand, le basque, l’alsacien, l’occitan, le flamand et même le catalan. En Nouvelle-France (le Québec à l’époque) la majorité des colons français tiraient leur origine des habitants de la côte atlantique. L’accent québécois provient surtout du normand et du breton, mais il a su évoluer de lui-même. Et comment !
Les R roulés, une sonorité sifflante, un peu « nasillarde » et surtout une phonétique bien particulière :
Le [a] devient [o] : « Tu vo po bien ? »
Autre exemple, le son [air] de père, vert, molaire etc… devient [aaire], soit : « [maère, vaère]… »
Ensuite, la grammaire, ou plutôt la construction des phrases. C’est, comment dire… assez décontenançant !
En France, on a tendance à utiliser du « Est-ce-que » à tout va pour commencer nos questions. Ici, ils ne connaissent pas, et parfois ne comprennent pas quand on l’emploie !
Non, ici il faut commencer la phrase par le sujet/verbe.
« Est-ce que tu y arrives ? » devient « Es-tu capable ? »
Ah oui, en parlant de « tu ». Je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas d’où ça vient, mais « tu » peut être placé à n’importe quel endroit dans une phrase, et ce en tout situation.
« On descend-tu par ici ? »
« Tu vas-tu souvent à la piscine ?»
« Toi et ton chum allez-tu au party samedi soir? »
« ça s’peux-tu qu’il ait quitté à 4h ? »
Alors si quelqu’un peut m’expliquer d'où ça vient je suis preneuse…
Presque tous les sons sont prononcés dans les mots, notamment le « t » à la fin des phrases. « Tu me donnes-tu un bouTTE de ton gâteau ? ». Parfois, on en ajoute, aussi : « Il fait fraite icitte » (« Il fait froid ici).
En ce qui concerne les chiffres, sans vouloir offenser les habitants de mon pays d’accueil, il faut rester simple et ne pas trop compliquer les choses. Je m’explique : lorsque l’on donne un numéro de téléphone par exemple, il faut donner chiffre par chiffre. On peut aller jusqu’à un nombre de deux chiffres, mais après ils ne comprennent plus : exemple : « cinq, un, quatre » au lieu de « cinq cent quatorze ».
Enfin, last but not least, le vocabulaire.
Moi qui croyait, comme beaucoup de français je pense, qu’au Québec, du moins dans la partie francophone, les anglicismes étaient tous supprimés et que le français était roi, plus qu’en France, qu’on le mettait en valeur…Et bien pas pantoute ! Alors, oui, à travers les journaux, la télé, ou souvent dans les titres des films, je réalise que je suis au Québec (juste à titre d’exemple, mais j’y reviendrai : « Scary Movie : Film de peur ; Ghost : Mon fantôme d’amour … vous voyez le désastre !). « Week-end », devient "fin de semaine", pour le plus grand bonheur de mon papi je suppose. Mais à part ça, les anglicismes sont bels et bien présents. L’utilisation du mot « comme » à toutes les sauces reflète aussi les origines anglophones du Québécois. Le « c’était comme, euh, génial » est une traduction directe du fameux « it was like, hum, wahou ! » anglais.
Une chose étonnante, il n’est pas rare qu’un québécois commence une phrase en français, pour au milieu changer tout naturellement et la terminer en anglais ! Cela est surtout le cas dans le quartier anglophone. En tout cas c’est impressionnant de voir qu’ils sont tous parfaitement bilingues ! Ca c’est génial !
Autre mot « parasite », le « là » (à pronnoncer [lo], si vous avez bien suivi), qui ponctue souvent chaque fin de phrase.
Aller, rien que pour vous, quelques d’expressions bien d’icitte !
Pis?! (contraction de puis?) >> A utiliser lorsque vous ne savez pas quoi dire. Ces deux lettres peuvent résumer "Alors, ces vacances en Gaspésie? Tes enfants n'ont pas été malades? Vous avez eu beau temps?", elles peuvent aussi tout simplement demander comment va la personne, ou demander plus d'explication sur ce qui vient d'être dit!
Voila, fait que, c'est ça! >> Intraduisible, "fait que" est utilisé à la fin des phrases que l'on ne sais pas comment finir, pour les ponctuer, etc.. : "Pis, ta fin de semaine? Ben, il a mouillé tout le dimanche, fait que..."
Allo >> Salut
C'est pas si pire >> C'est bien
Tu quittes à quelle heure ? >> Tu pars à quelle heure ?
Tu restes-tu loin ? >> Tu habites loin ?
C’est plate >> c’est nul
C’est poche >> c’est chiant
C’t’écoeurant ! >> C’est génial, formidable, trop bon…
Cétait l’fun / J’ai eu du fun >> je me suis bien fait plaisir !
Barrer (l'auto, le char, le placard, la bicyclette) >> fermer, vérouiller
Aller, j’te niaise, là >> Je te taquine
J’aime pas pantoute >> J’aime pas du tout
A tanto >> A tout à l’heure
Et voici un extrait de ce que peut donner une conversation des plus banales dans le bus le matin (en rouge, Caro et le chauffeur de bus à Lyon, et en bleu, les mêmes, à Montréal) :
Bonjour,
>> Bon matin, ça va bien?
A quelle station je dois descendre pour aller à la mairie ?
>> Je dois débarquer où pour aller à la mairie ?
La prochaine station, et au feu à droite. Ca va aller ?
>> Le prochain arrêt, et à la lumière à droite. C’est correc’ ?
Oui, c’est bon, merci!
>> Ok c’est beau, merci!
De rien.
>> Bienvenue (traduction de l’anglais « you’re welcome »)
Au revoir !
>> Bonjour !
Et oui, le québécois dit bonjour pour dire au revoir. Et ça, je vous avoue que c’est une des choses que j’ai le plus de mal à assimiler. En général, je dis « Bonj..aurevoir », c’est plus fort que moi !
Voila, j'éspère vous avoir fait partager un peu de mon environnement sonore... par écrit c'est pas facile, mais bon!
Ce que je réalise surtout, et j'en parlais avec un/une autre français(e) l'autre jour (je sais plus qui c'était alors...), c'est que les Garou, Elie de la StarAc, ou autre Céline Dion, ils sont mignons avec leur petit accent, mais on doit leur faire faire un sacré travail sur leur langage avant de les mettre sur des plateaux télé français, sinon ce ne serait pas la même!
Au final, le plus embétant dans tout ça, sans vouloir juger, mais quand même un peu, c'est l'expression écrite des québécois... elle a tendance à ressembler à ce que vous venez de lire, en un peu moins pire, mais parfois je lis des courriers professionnels... qui me font frémir!
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